Notes
[1]
Jean DELUMEAU, L’aveu et le pardon. Les difficultés de la confession. XIIIe-XVIIIe siècle, Paris, Fayard, 1990, p. 162.
[2]
Quatorze l’autorisaient, probablement parce qu’elle favorisait la procréation. Jean-Louis FLANDRIN, Le sexe et l’Occident. Évolution des attitudes et des comportements, Paris, Seuil, 1981, p. 134.
[3]
Gaspar de SAILLANS, Premier livre de Gaspar de Saillans gentilhomme citoyen de Valence en Dauphiné, Lyon, 1569. Voir Maurice DAUMAS, La tendresse amoureuse. XVIe-XVIIIe siècles, Paris, Perrin, 1996, p. 58-60.
[4]
Voir les travaux de Jacques ROSSIAUD, notamment La Prostitution médiévale, Paris, Flammarion, 1988.
[5]
Par Michel FOUCAULT, dans L’histoire de la sexualité. 1. La volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976.
[6]
Et elles n’ont pas encore pesé, à cette date, sur la doctrine catholique. Célèbre universitaire parisien et aumônier de Louis XI, Le Maistre s’appuie sur Aristote pour légitimer les relations charnelles entre les époux, quelles que soient leur finalité, y compris pour prendre du plaisir. Sur sa place et celle de son disciple Jean Mair dans l’évolution de la théorie des rapports conjugaux, voir John T. NOONAN, Contraception et mariage. Évolution ou contradiction dans la pensée chrétienne, Paris, Ed. du Cerf, 1969, p. 391 et s.
[7]
Bien sensible dans les titres : le moyen d’être heureux… ( Maillard), … les moyens infaillibles de faire un Mariage heureux d’un qui serait malheureux… (Le Blanc), … moyens d’entretenir la paix dans le mariage (Courtin), … les moyens d’y vivre heureux… (Chaussé).
[8]
Jean-Louis FLANDRIN, L’Église et le contrôle des naissances, Paris, Flammarion, 1970; du même auteur, Le sexe…, op. cit.; du même : Familles. Parenté, maison, sexualité dans l’ancienne société, Paris, Ed. du Seuil, 1984. J. T. NOONAN, Contraception et mariage…, op. cit.
[9]
Voir Georges DUBY, Le chevalier, la femme et le prêtre. Le mariage dans la France féodale, Paris, Hachette, 1981; John W. BALDWIN, Les langages de l’amour dans la France de Philippe Auguste, Paris, Fayard, 1997.
[10]
Voir les publications suivantes de Maurice DAUMAS : « La place des enfants dans les traités sur le mariage en France aux XVIe et XVIIe siècles », communication au Colloque de la Sorbonne « Lorsque l’enfant grandit : entre dépendance et autonomie », 21-23 sept. 2000, Paris, Presses de la Sorbonne, 2002; « La place de l’affection conjugale dans les traités sur le mariage des XVIe et XVIIe siècles, en France », Mélanges offerts à Michel Peronnet (à paraître sous la dir. de Henri MICHEL, Université de Montpellier). « La pathologie du couple dans les traités sur le mariage en France aux XVIe et XVIIe siècles », colloque Corps, Santé, Société, Université de Paris-13, déc. 2002 (à paraître).
[11]
Voir l’article sur les enfants cité dans la note précédente.
[12]
Le texte du chapitre du Catéchisme du concile de Trente ( 1566) consacré aux « motifs qu’on doit et peut avoir en se mariant » peut être consulté dans Marcel BERNOS, Sexualités et religions, Paris, Cerf, 1988, p. 238-239.
[13]
Ce dernier hésita. La première version de l’« Avis pour les gens mariés » parlait des « fins » du mariage, et plaçait la procréation au premier rang. Se ravisant, François de Sales remplaça les « fins » par les « effets », le premier étant « l’union indissoluble de vos cœurs ».
[14]
Au sujet de l’acte de chair : « Sa fin principale c’est d’avoir des enfants; et la seconde est de servir de remède à l’incontinence. » (Érasme, 1520) « Le principal de leur intention est d’avoir lignée ou de rendre le devoir de mariage l’un à l’autre, ou d’eviter le peril d’adultere » (Benoist, 1580).
[15]
La position de François de Sales paraît occuper le juste milieu entre celle de saint Augustin (l’acte conjugal pour le plaisir est un péché véniel) et celle de Le Maistre et de Mair (il n’y a pas de péché). Elle est plus proche en fait de cette dernière.
[16]
Par exemple, dans le Catéchisme de la dévotion de l’oratorien François de Clugny : « Les mariés doivent savoir que ce qui est fait contre la fin pour laquelle le mariage est institué est illégitime, et que son usage qui n’est point conforme aux lois de l’Église devient un abus qui sera châtié de Dieu » ( 1681).
[17]
Ce que faisait déjà le Catéchisme romain de 1566, pour ne pas avoir à discuter des fins des rapports conjugaux (voir J. T. NOONAN, Contraception…, op. cit., p. 400).
[18]
Du Souhait ( L’Heureuse alliance, 1603) est le dernier à le faire. Mais c’est pour ajouter aussitôt : « Ce n’est pas, mon fils, pour vous donner cette liberté de ravir à votre femme ce que la loi d’amitié vous lui a fait promettre, et vous désobliger du serment de votre alliance. Ce ne sont pas preuves de vertueux de n’avoir une femme que pour ses biens et une amie pour ses plaisirs. Ceux qui en font de la sorte pratiquent leur ruine avec leur inconstance ».
[19]
Voir, chez Benedicti, les deux pages éloquentes consacrées au sujet suivant : « Icy se présente une question à vider, à savoir si l’on doit permettre les bordeaux » ( 1584).
[20]
On se marie pour trois raisons : « La première pour avoir lignée, la seconde pour avoir aise ou confort. Et la tierce pour éviter fornication. » (Lemmonier, 1523).
[21]
Voici la dénonciation imagée de ces positions chez F. Olivier Maillard (v. 1526): « Ung homme marié doibt considerer en son mariage que sa femme n’est pas une beste brute et aussi qu’une maison ne vouldrait riens quand la couverture de la maison serait en bas ».
[22]
Dans son chap. X (« Si l’on doit caresser sa femme par derrière quand il se trouve des obstacles à l’embrasser par devant »), Nicolas Venette condamne la position mulier super virens, mais estime que prendre sa femme par derrière est naturel et anatomique (la semence coule facilement vers la matrice). L’argumentation est digne d’un casuiste : « Cette posture est la plus naturelle et la moins voluptueuse. L’action de l’amour nous donne d’elle-même assez de plaisir sans en chercher de plus grand par une autre figure, et je ne doute pas que les Casuistes ne nous permissent d’en user de la sorte pour éviter l’excès de la volupté dans les embrassemens des femmes ».
[23]
Dans cette évolution, les casuistes ont joué un rôle éminent. Voir J. DELUMEAU, op. cit., p. 104.
[24]
Sur les débats autour du plaisir féminin, cf. J.-L. FLANDRIN, Le sexe…, op. cit., p. 131 et s.
[25]
J. DELUMEAU, op. cit., p. 105.
[26]
Voir J. T. NOONAN, Contraception…, op. cit., p. 403.
[27]
Dans la doctrine de l’Église, on assiste, au cours du XVIIe siècle, à un infléchissement très net en faveur de l’amour conjugal, comme y incite le concile de Trente. Il n’est évidemment pas question de s’inspirer de l’amour des amants, mais de quelque chose de neuf, placé sous la protection de la grâce (signe de l’amour de Dieu), et qui correspond, dans la société, au développement du concept de tendresse. Toutefois, il ne faut pas exagérer l’opposition, dans la société traditionnelle, entre l’amour et le mariage : ils étaient en position de contraires et non de contradiction. Cet antagonisme n’était pas insurmontable.
[28]
Dans le système de représentation du XVIe siècle (ici repris de Benedicti), la luxure, troisième péché capital après l’orgueil et l’avarice, a pour animal emblématique le pourceau, pour monstre infernal l’Asmodée du Livre de Tobie et pour vertu à opposer, la chasteté. Elle se situe donc bien du côté de l’excès, de la paillardise. L’homme de la Renaissance a peur d’être cocu, mais il ne craint pas le péché d’adultère…
[29]
Dans le Traité de l’amour de Dieu, l’amour des amants (au sens noble du XVIIe siècle) est présenté comme la clef de la connaissance de l’amour divin.
[30]
Cf. notre article sur l’affection conjugale, cité note 10.
[31]
Il en va différemment dans les Provinces-Unies et en Angleterre.
[32]
Introduction…, Chap. 38. « Avis pour les gens mariés ».
[33]
Carmel CAMILLERI et al, Stratégies identitaires, Paris, PUF, 1990.
[34]
Elles forment le fonds de commerce des casuistes. Un cas, extrait de J.-B. Pontas : la femme peut-elle, sans pécher, refuser à son mari le devoir conjugal parce qu’elle sait qu’il pécherait mortellement en s’y livrant ? Tout dépend du péché mortel en question : exiger le devoir conjugal dans une église ou en public est différent des cas où le péché mortel ne regarde que le mari (auquel cas la femme doit céder).
[35]
C’est la seconde cause de péché mortel (après l’adultère). Voici, par exemple, comment on doit interroger les femmes : « Primo si elles ont obey à leurs maris en ce qui est du mariage : leur refuser en cette matière, sans quelque cause légitime, ce qu’on leur doit, est péché, si toutefois la demande a été moderée. Secundo si elles se sont sousmises à eux en l’administration de la famille… Tertio si elles les ont irrité de gayeté de cœur… Quarto si injurié d’injures atroces et fascheuses… » (Bauny, 1630).
[36]
J.-L. Flandrin remarque que les théologiens ont multiplié les cas permettant à la femme d’échapper au devoir conjugal ( Familles…, op. cit., p. 211). L’impression que laissent les traités de mariage, destinés au public, est très différente. On y insiste sur le caractère impératif du devoir, on minimise les circonstances qui peuvent l’entraver, on assure les femmes que la partie forcée ne pèche pas, on les exhorte à ne pas refuser le devoir sous prétexte de dévotions. Tout cela nous paraît destiné à lever les restrictions que pouvaient apporter les femmes dévotes au devoir conjugal (c’est-à-dire, pour les auteurs de traités, au devoir de procréation). De manière générale, les traités conseillent aux femmes de ne pas négliger leur mari sous prétexte de dévotions.
[37]
Y compris dans le cercle des humanistes. L’un des leitmotiv des hommes de lettres est de savoir s’il faut se marier, si l’étude est compatible avec le mariage (le thème est hérité de l’Antiquité, mais il est bien d’actualité au XVe et au XVIe siècle). Les lettres de conseil pour le mariage abondent dans les manuels épistolaires et commencent toutes par la question suivante (qui est le thème du Tiers Livre): faut-il se marier ? Mais au XVIIe siècle, la question est purement formelle : elle ouvre le débat sur les critères du choix du conjoint. Voir sur ce point : Maurice DAUMAS, « Manuels épistolaires et identité sociale (XVIe-XVIIIe siècles)», Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, tome 40-4, oct.-déc. 1993, p. 529-556.